Army Wives : être femme de militaire !!

Cela fait un petit moment que je me tâte à  faire cet article, je l’ai recommencé plusieurs, abandonnés plusieurs fois aussi mais aujourd’hui je me lance.

Alors avant toute chose, je ne le fais pas pour me faire plaindre mais juste pour expliquer certaines choses et surtout vous donnez ma version de l’histoire.

Pour ceux qui ne le savent pas, mon conjoint est militaire. Déjà là, je sais que certains commencent à critiquer. Je ne vais pas vous parler du métier de militaire, mais plutôt de la « base arrière », à savoir nous les familles.

Femme de militaire et le jugement

Dans un premier temps, on va faire un point ce que j’entends le plus :

–          « un militaire ça gagne bien sa vie » : alors oui il est payé un peu plus lorsqu’il part en mission (et encore heureux), mais je vous rassure de suite, on est loin de mener la grande vie. Une chose est sure, si on calculait son taux horaire (salaire / nombre d’heures travaillées), et bah je peux vous dire qu’ils ne sont pas payés cher de l’heure !!

–          « Oui mais il est payé pour ça » : ok et donc sous prétexte qu’il est payé pour ça, il peut se prendre une balle, ou sauter sur un ied, ne pas voir sa famille…  enfin bref.

–          « il part 4 mois ? ne t’inquiète pas ça va passer vite », alors comment vous dire, ça passe peut être vite pour vous, mais je peux vous assurer que pour moi, 4 mois peuvent représenter une éternité. Effectivement, ça vous semble peut être plus rapide pour vous car vous ne le voyez pas tous les jours, mais quand on vit avec la personne, on constate à chaque instant qu’il est absent.

–          « de toute façon tu es habituée à la séparation et la distance » : non on ne s’habitue jamais, on vit avec tout simplement. Quand mon homme part, j’ai l’impression de vivre en apnée. Je mets le pilote automatique, je fais les choses parce qu’elles doivent être faite et non par envie.

–          « maintenant que tu as ton fils, c’est plus facile pour toi de gérer la séparation » : je dirais qu’au contraire, je vis encore plus mal les départs depuis qu’on a un enfant. Gérer la tristesse de son enfant et savoir qu’on ne peut rien y faire, me déchire le cœur. Maintenant je dois gérer, en plus de ma tristesse, celle de mon fils, sans lui montrer que je suis triste, et je peux vous dire que c’est laborieux.

–          « tu as l’air de bien vivre la chose » : la fois où j’ai entendu ça, j’ai bien cru que j’allais devenir folle, surtout que ça venait d’une personne (dont je tairais le nom) d’assez proche. Je garde beaucoup de choses pour moi, je n’aime pas montrer mes sentiments, je vais toujours essayer d’avoir le sourire, même si à l’intérieur ce n’est pas le joie. Alors non je ne vais pas me mettre à pleurer devant vous, mais ça ne veut pas dire pour autant que tout va bien dans le meilleur des mondes. Surtout qu’à ce moment là, il était au Mali et je n’avais pas eu de nouvelles depuis plus d’un mois. J’avais simplement enfilé mon masque du « je vais bien » alors que je n’avais envie que d’une chose m’asseoir et pleurer.

–          « on ne va pas vous plaindre c’est son choix de vie » : oui c’est son métier et il l’a choisi en toute connaissance de cause. Mais nous, mon petit bonhomme et moi, on n’a rien signé. Quand on y pense vraiment, quand tu es un jeune de 18 ans et que tu t’engages, tu n’envisages pas de suite la vie de famille, et quand ça arrive, tu es tiraillé entre un métier que tu aimes et une famille que tu laisses derrière à chaque départ.

–          « je ne sais pas comment tu fais moi je n’aurai pas pu supporter ça» : Étant d’une famille de militaire, je savais à quoi m’attendre mais tomber amoureux ne se commande pas. J’aime mon homme et c’est cet amour qui me fait tenir lors de ces différentes missions.

En fait, je crois surtout que les gens manquent de tact vis-à-vis de cette situation. Ils ne connaissent pas et souvent ne savent pas trop comment réagir alors ils font des blagues à 2 balles. Et je peux vous assurer que ces blagues que vous pensez drôle, le sont rarement…

En fait, vivre avec un militaire implique plein de choses. Mais il faut vraiment le vivre pour s’en rendre réellement compte.

On est en couple, mais on est la plupart du temps seule à gérer la maison, les enfants, les emmerdes…. Oui car c’est toujours quand ils sont en mission que tout arrive. Les locataires qui partent, une fuite dans le toit, un dossier urgent à renvoyer, le personnel de la crèche qui joue avec nos nerfs…

Ce que je vais dire ça être dur, mais je sais que je dois faire mon organisation “maison – boulot – enfant” comme si je ne pouvais pas compter sur lui, alors qu’il faut partir de notre famille. En 2013, mon homme a été présent à la maison 6 mois !!  Notre petit bonhomme a 2 ans, son père l’a vu en tout… 1 an !!! Çà va faire 7 ans que je suis en couple avec mon homme, sur ces 7 ans il est parti 23 mois en opération extérieur (hors de la métropole) et je ne me suis pas amusée à compter les terrains lorsqu’il est en France. Je pense qu’en tout, on peut facilement enlever 3 ans sur nos 7 ans !!!

Voici le barrage que mon fils avait fait alors que son papa était en train de préparer son sac pour partir. Il n’avait pas encore 2 ans, mais il avait déjà bien compris ce qu’il se passait.

La face cachée d’une femme de militaire :

– avoir la boule au ventre quand on entends les infos (car il est sur place, ou de peur qu’il soit appelé). Il faut bien se rendre à l’évidence, ils ne vont que très peu dans des pays où tout est beau tout est rose…

– angoisser quand on voit le numéro de la caserne s’afficher sur notre téléphone alors qu’il est en mission dans des pays à risque. Je l’ai vécu et j’espère ne jamais avoir à nouveau ce genre de coup de téléphone. Ma mère était la pour en témoigner.

– fêter les anniversaires ou les fêtes de fin d’année sans lui. Vous allez me dire que ce n’est pas bien grave pour les anniversaires, et vous avez raison, mais dans ces moments la on a envie d’être avec les personnes qu’on aime. Mon homme a été présent 1 seule fois pour le mien, jamais pour celui de notre fils (2 ans).

– avoir toutes les casquettes à la maison (gérer les papiers, les courses, le petit bonhomme, la maison, la voiture, le boulot, la recherche de boulot…)

– continuer à vivre “normalement” alors qu’on n’a pas eu de nouvelle depuis plus d’un mois et qu’on ne sait pas où il est exactement,

– prendre les décisions toute seule,

– mettre sa carrière professionnelle entre parenthèse,

– voir les minutes passer au ralenti, apprendre à gérer l’ennui et le manque,

– se montrer forte pour ne pas qu’il s’inquiète (oui je préfère qu’il est l’esprit libre quand il est en opération, il a assez de stress comme ça pour en rajouter),

– gérer les départs précipiter. Petit flash back d’un an : en janvier 2013, le Mali est à l’ordre du jour dans tous les médias et journaux, le 18 on apprends qu’il est en alerte, le 20 janvier 10h coup de fil, à sa tête j’ai compris, départ prévu à 14h… le 20 janvier c’était les 1 an de notre fils. J’ai donc déposé mon homme à la caserne avec ces affaires à 14h et je suis rentrée chez moi avec un sourire de façade car à 15h la famille et les amis arrivaient pour fêter l’anniversaire du petit bonhomme…

– pleurer en cachette tous les jours,

– entendre des aberrations mais rester courtoise, du style “d’un côté c’est peut être mieux la situation dans laquelle tu es, car toi tu sais qu’il est parti pour tant de temps donc tu t’organises en solo, alors que le mien rentre tard tous les soirs et je passe mon temps à l’attendre”. Je vous jure qu’on m’a dit ça. Mon homme était au Mali, je n’avais pas eu de nouvelle depuis plus d’un mois, je ne savais pas ou il était précisément, ce qu’il faisait, les conditions dans lequel il vivait… et la on me dit que ma situation était peut être mieux…. Mais je donnerai tout pour l’attendre seulement quelques heures tous les jours et non des mois entiers.

– voir son enfant triste, et faire des cauchemars toutes les nuits mais être impuissant face à ça. Souvent on dit que les enfants ne sont pas conscient de la durée des choses. Je peux vous assurer que 4 mois c’est très long pour un petit d’à peine 2 ans. Aprés le départ de son papan, mon petit bonhomme avait beaucoup de mal à aller au lit, ne faisait plus de nuit complète, il m’a fait des terreurs nocturnes, pleurait dans son sommeil. Du jour ou son père est rentré, il n’y a plus eu tout ça. Des la première nuit, il a dormi comme un bébé.

– parfois remettre sa vie en question.

Mais à côté de ça, avoir des papillons dans le ventre à chaque retrouvailles, avoir le sourire quand on reçoit un message après de jours à attendre…

C’est également être fière de son homme

Fière du travail qu’il accompli,

Fière de le voir porter son uniforme,

Fière de partager sa vie.

 

Je partage avec vous, les dernières retrouvailles de mon petit bonhomme et de son papa, après 4 mois de séparations.

Il me donne la force d’avancer et de supporter tout ça.

Son métier prouve que notre amour est solide et qu’il peut supporter bien des séparations.

Bon je me rends compte que mon article est parti un peu dans tous les sens et qu’il a surtout l’air d’un défouloir. Mais c’est fait !!

J’ai surtout envie de terminer en vous disant que “si vous n’aimez pas les militaires, libre à vous, mais faites attention à vos propos car derrière chaque militaire se cache une famille, des enfants. Et vos paroles peuvent les blesser”.

— Morgane —

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10 réflexions sur “Army Wives : être femme de militaire !!

  1. cet article n’inspire qu’une chose et du reste ça pourrait être la seule phrase de mon commentaire. Respect! c’est le maitre mot que m’inspire cet article.
    Tout ce que tu énonces là, c’est ce que devrait connaître tout le monde, non pas pour le vivre, mais pour avoir le degré de compassion qui manque dans bien des cas. Tu l’as dit toi même, il est certaines réflexions qui font mal, surtout lorsqu’elles proviennent de gens proches. Les blagues à 2 balles, les remarques, les certitudes que les gens extérieurs peuvent avoir, et pourtant pas parfois, un certain mépris.
    je ne suis pas spécialement pro militaire, je dois même confesser que j’ai été longtemps anti militariste. Alors dire que ça c’était avant, peut être oui, sans doute avec un manque de maturité, mais aujourd’hui, alors que les 55 ans approchent bientôt, je sais ce que tu vis, et je sais ce qu’ils vivent eux, sur le terrain. Je le sais d’après les témoignages, d’après ce que j’ai pu voir et entendre aux différentes émissions.
    je me doute de ce que peut être l’attente dans l’angoisse, lorsque la mission est, on le sait, périlleuse.
    je me doute de ce qu’est, dans la tête d’un petit garçon, l’attente du retour de son papa.
    je me doute de ce qu’est, dans celle de la maman, la même chose.
    je me doute de ce qu’est la gestion d’une famille avec tout ce que ça comporte à avoir à résoudre, à gérer, à finaliser, à réfléchir etc etc..
    je me doute de ce qu’est d’avoir le coeur qui se sert lorsque le départ arrive.
    j’ai moi aussi, eu des militaires dans ma famille, mais qui sont restés sur en métropôle, a mère adjudant, ma tante capitaine, mon père je ne sais plus ce qu’il fut. Ce n’était que de petits engagements mis à part ma tante qui a été militaire de carrière. je sais que le salaire n’est pas celui que certains peuvent croire, loin de là ! et heureusement qu’il augmente lors des missions. je me demande même comment certains peuvent penser que ça puisse être scandaleux. ça ne doit d’ailleurs pas exister ces gens là.
    Pour finir mon palabre, je ne reprendrais que ce mot qui est lourd de sens et qui fait que l’on doit être fier non seulement de ceux qui ont décidé de défendre les principes, l’honneur de notre pays, mais également de leur famille qui, en base arrière comme tu l’as dit, mérite plus que tout notre RESPECT …

    • Merci beaucoup Jfred pour ton commentaire. J’ai mis un peu de temps à te répondre, mais même si écrire tout ça me fait du bien, c’est quand même difficile de le voir noir sur blanc. Ton commentaire m’a énormément touché. J’ai d’ailleurs laissé couler quelques larmes quand je l’ai lu la première fois (et j’en verse encore en le relisant). Je te remercie encore. Bisous. Morgane

  2. A la lecture de ton article, j’en suis toute retournée. Tu as très bien fait de faire cet article qui exprime bien tes sentiments, ton ressenti quand ton homme part en mission. Je te trouve très courageuse, tu assumes tout et tu le fais très bien. J’espère que toutes les personnes qui t’ont dis ce genre de bêtises comprendront mieux ta vie, et le mal qu’ils te font à dire ces conneries… Ah la bêtise humaine !!!!!! RESPECT à vous….

    • Merci beaucoup. Je pense que c’était un peu un article thérapie. Ce n’est pas forcement le genre de chose dont j’aime parler. Je cache beaucoup de chose, mais la j’ai ouvert un peu la porte. Gros bisous. Morgane

  3. Et voilà ! Je pleure ! C’est très bien d’avoir écrit cet article . C’est vrai que j’ai souvent entendu dire que tu prenais ça bien , que tu avais le moral et que tu était habituée….Ca me met hors de moi à chaque fois . Il est évident qu’on ne peut pas être heureux sachant son chéri sur le terrain , dans des conditions de vie plus que sommaires , quand on connait les risques….et encore on ne sait pas tout .
    Quand on se met en couple c’est pour être ensemble , pas pour être séparés par les obligations de travail. Etre militaire ,comme ton chéri , c’est admirable et respectable . vous êtes formidables tous les 2 .
    Je sais tes souffrances quand tu es seule et je suis impuissante …je reconnais votre courage à tous les 2 et je vous tire mon chapeau.
    comment peut on comparer un déplacement VRP avec un déplacement au combat ?????
    Peu de personnes pourraient vivre cette vie .
    je vous aime fort

  4. Je suis fille de militaire, sœur de militaire, conjoint de militaire et moi-même ex militaire … En effet etre militaire est un choix personnel … La famille elle n a rien demande … En effet tous les militaires ne sont pas tous aussi près du danger … En effet les propos tenus par « certaines  » (surtout les proches!) personnes dans ces moments là sont souvent déplacés … En effet beaucoup de souffrances pour ton homme en mission dangereuse et difficile , pour toi seul maître à bord, pour ton fils qui ressent l absence d un père et le mal être d une mère et tes parents qui te voient ainsi….. En effet plus de 300 000 militaires en France donc avec aussi des familles qui ont les mêmes souffrances … En effet c est la vie auprès d un militaire … J’admire ce que tu as écrit et respecte profondément ce que vit ton homme … Mais je pense que tu reproches trop aux « autres » cette vie que tu as « choisie » en donnant ton Amour à cet homme .
    Avec toute mon affection, Cathy.

    • Je reproche aux autres la vie que j’ai choisie ????? Ah bon, mais à quel moment tu vois ça. Car ce n’est pas du tout le cas. Je dis même que j’en suis fière.
      Je reproche seulement à certaines personnes de s’arrêter à un sourire de façade. Et je ne vois pas ce que ça pourrait m’apporter de reprocher à mon entourage le choix que j’ai fait.
      L’article avait juste pour but de montrer l’envers du décors !!!

  5. J’ai vu cet article quand tu l’as publié, je n’ai eu la force de le lire que ce soir. Ça a dû être difficile d’écrire ça, c’est difficile de le lire quand on s’y reconnaît. C’est plein de vérité, merci pour cet article, c’est un peu une thérapie aussi, c’est se sentir un peu moins seule.
    Gros bisous Morgane

    • Merci de ton commentaire Lucie. Effectivement j’ai mis énormément de temps à réussir à l’écrire (entre blocage et larmes). Mais comme tu le dis ça a été une thérapie aussi. Le fait d’enfin écrire les choses m’a soulagé en quelque sorte.
      Tu sais que ma porte reste grande ouverte si besoin. On peut se serrer les coudes entre armywives 😉 !
      Gros bisous.
      — Morgane —

  6. Morgane, je viens de lire ton article qui éclaire une part de ta vie que j’ignorais. Pas facile en effet ta situation.
    A petite échelle et sans comparaison avec la tienne, j’ai vécu une séparation hebdomadaire pendant 18 mois quand mon mari partait travailler toute la semaine à Paris. Les filles ne l’ont pas très bien vécu et je ressentais aussi une grande solitude dans la responsabilité et la gestion du quotidien. Maintenant il est là plus souvent, et quand il est en déplacement nous formons une équipe soudée les filles et moi; cette expérience nous a beaucoup rapprochées.
    J’espère que ton fils en sortira grandi aussi. Et j’imagine que tu es en contact avec d’autres femmes de militaires? Dans ces moments là, on se sent bien plus comprises par des personnes qui vivent la même situation…
    Bon courage et à bientôt,
    Marie-Anne

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